Avant-première " Le grand alibi" de Bonitzer

Publié le par Isabelle

Lundi dernier, au cinéma Colombier, à Rennes, avait lieu l’avant-première du "Grand Alibi", le dernier film de Pascal Bonitzer...

Cela sonnait comme une soirée prometteuse avec la présence du réalisateur et de l'actrie Miou-Miou.
En place de l'actrice, ce fut le non moins sémillant Lambert WILSON qui s'était déplacé en capitale bretonne , moulé dans un t shirt "Bat-man" .
Clin d'oeil peut être à un super héros qui est bien le seul dans ce film ...

Bref, avec un tel titre ,clin d'oeil au chef d'oeuvre d'Hitchcok et adaptation d’un roman d’Agatha Christie de 1946 intitulé Le Vallon - titre original : The Hollow -, ce qui est en général annonciateur de suspense et de répliques mordantes, ironiques , cette soirée promettait suspens, humour grinçant voire cynique ... Mais voilà : les promesses, toutes cinématographiques qu’elles soient, ne sont pas toujours tenues.

L’aventure était d’autant plus prometteuse, menée par un casting réjouissant (Pierre Arditi, Miou Miou, Mathieu Demy, Anne Consigny, Lambert Wilson, Valeria Bruni-Tedeschi, Catherina Murino...). 

Pierre Collier (Lambert Wilson), psychanalyste de son état meurt assassiné dans la maison du sénateur Henri Pages (Pierre Arditi) au cours d’un week-end réunissant toute la famille. Sa femme, Claire (Anne Consigny), arrêtée un révolver à la main, à côté de la victime, est la première à être soupçonnée ayant de surcroît des raisons de se venger de son mari volage, amant d’Esther (Valeria Bruni-Tedeschi), ancien amant de Léa (Catherine Murino), son amour de jeunesse, invité surprise du week-end flanquée de son homme à vraiment tout faire Michel incarné par Dany Brillant. L’arme que tenait Claire au moment de son arrestation n’est pourtant pas l’arme du crime. Un deuxième meurtre va survenir. Chaque invité devient alors un coupable potentiel. Le lieutenant Grange (Maurice Bénichou) est chargé de résoudre l’enquête.

 Cela avait pourtant bien commencé : une fausse insouciance et nonchalance. Un ton décalé, de la dérision faussement dérisoire. Une grande demeure bourgeoise isolée où foisonnent les armes à feu. Des invités déjantés. Une tension latente. Quelques plans et répliques qui nous mettent l’eau à la bouche. Des coups de feu qui font sursauter, des plans furtifs d’ustensiles tranchants, la mort qui rode évoquée en riant, jaune. Un personnage aussi séduisant qu’antipathique. Une femme fatale. Des personnages à fleur de peau. Ou cyniques. Ou désinvoltes. Un savant mélange normalement détonant. Tous les personnages sont pourtant ici ou outrancièrement mélodramatiques ou totalement anecdotiques ou juste destinés à faire (sou)rire, sans réelle implication sur l’intrigue, alors qu’habituellement, dans Agatha Christie, le caractère ludique veut que chacun soit un coupable potentiel avec un mobile et que le rôle comique soit dévolu à Hercule Poirot que Bonitzer a ici supprimé et remplacé par l’inspecteur interprété par le pourtant truculent Maurice Bénichou.

Tous les ingrédients d’une bonne recette scénaristique sont là et pourtant... ce qui aurait dû être une exquise dégustation devient une marmite presque dépourvue de saveurs à vouloir en mélanger trop.

Seul le personnage de Lambert Wilson pourtant seulement présent dans la première partie du film existe vraiment et semble avoir intéressé les scénaristes (Pascal Bonitzer a écrit avec Jérôme Beaujour), les autres sont condamnés à de la figuration en raison des contours imprécis de leurs personnages (parfois d’ailleurs sans aucun intérêt ou aucune incidence sur l’intrigue) malgré tout le talent et toute la bonne volonté de leurs interprètes. 

Les liens entre les membres de la famille sont ici plus flous et imprécis que réellement énigmatiques et au lieu de nous intriguer cela nous détache de l’histoire , ainsi que le renoncement au huis clos, habituel dans les adaptations d’Agatha Christie, créant ainsi une distance, nous évadant du cadre et de l’intrigue.

 

Malgré tout, ce Grand Alibi se suit sans ennui, d’abord parce qu’il crée une attente qui malheureusement subsistera jusqu’à la fin, nous laissant sur notre faim, ensuite grâce au duo comique et presque burlesque Miou-Miou/Arditi qui donne lieu aux répliques les plus cinglantes et réjouissantes du film.

 

 

Sortie en salles : le 30 avril

 

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