Le palmarès de Cannes 2006

Publié le par Isabelle


Le Festival de Cannes persiste et signe : après une Palme d'or décernée l'an dernier au très social "L'enfant" des frères Dardenne, le jury a choisi de récompenser à nouveau un cinéma engagé et politique en couronnant le film de Ken Loach sur la guerre d'indépendance irlandaise.

Le cinéaste britannique, connu pour son engagement à gauche, ne s'y est d'ailleurs pas trompé : "Nous espérons que Le vent se lève constitue un pas, un tout petit pas dans le face à face des Britanniques avec leur passé impérialiste", a-t-il affirmé après avoir reçu la Palme d'or des mains d'Emmanuelle Béart.

"Si nous osons dire la vérité sur le passé, peut-être oserons-nous dire aussi la vérité sur le présent", a-t-il ajouté, inscrivant ainsi dans l'actualité brûlante un film qui narre un combat remontant aux années 20.

Comme si le message n'avait pas été assez clair, Wong Kar-wai et ses jurés ont choisi d'attribuer la plus importante distinction après la Palme, le Grand-Prix du Jury, à "Flandres" du Français Bruno Dumont, un film coup de poing qui transporte les spectateurs sur un théâtre de guerre ressemblant étrangement à l'Irak.

Viols, émasculations et exécutions sommaires se succèdent à l'écran, créant un sentiment de malaise d'autant plus fort que "Flandres" est une oeuvre brute, sans musique et quasiment sans dialogues, à mille lieues des effets de caméra hollywoodiens.

Le cinéaste français, qui avait déjà choqué Cannes en 1999 avec "L'humanité", s'est pourtant refusé à jouer les redresseurs de tort.

"Mon travail est un travail d'évocation, de suggestion. Ce n'est pas la guerre irakienne qui m'intéresse, je n'ai pas la prétention de faire de leçon à quiconque", a affirmé cet ancien professeur de philosophie.

N'empêche : les images de ces jeunes soldats inexpérimentés tout droit sortis des campagnes de Flandres et commettant les pires atrocités font irrésistiblement penser à ces jeunes recrues américaines auteurs des dérives de la prison d'Abou Ghraib.

Politique aussi le prix d'interprétation décerné collectivement aux acteurs du film "Indigènes" du Français Rachid Bouchareb, qui rend enfin hommage après des années d'oubli au rôle joué par les soldats de l'Armée d'Afrique dans la libération de la France à la fin de la seconde guerre mondiale.


Rachid Bouchareb a d'ailleurs tenu à rappeler que la France avait toujours une dette portant sur les pensions non versées aux anciens combattants venus d'Afrique.

"Certains attendent la reconnaissance qui leur est due. Le Conseil d'Etat a condamné le gouvernement français à indemniser totalement tous ces soldats et dernièrement, la Cour européenne a aussi condamné l'Etat français", avait souligné le cinéaste dans une interview à l'AFP jeudi.

Rachid Bouchareb a d'ailleurs confié qu'il envisageait de faire, "plus tard", un film sur la guerre d'Algérie (1954/62), une autre période peu glorieuse de l'histoire de France peu abordée au cinéma.

Avec un tel palmarès, Cannes s'inscrit parfaitement en phase avec les autres grands festivals internationaux de cinéma.

Ainsi, à Berlin, en février, c'est au portrait poignant d'une musulmane violée par des Serbes durant la guerre de Bosnie, "Grbavica", qu'est allé l'Ours d'or. Le film de la Bosniaque Jasmila Zbanic a été interdit de diffusion dans les territoires serbes de Bosnie.

Enfin, en septembre, le Lion d'or de Venise a couronné le "Brokeback mountain" d'Ang Lee, romance iconoclaste entre deux cow-boys gay dans les années 60-70, un sujet brûlant qui n'a pas manqué de faire polémique dans l'Amérique conservatrice de George W. Bush.

Publié dans Cinéma

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