Un projet controversé de mine d'or industrielle en Guyane

Publié le par Isabelle

Un géant de l'or est en train d'apposer son poinçon dans l'Amazonie guyanaise.

Titulaire pour une durée de vingt-cinq ans de la concession de Camp Caïman, sur 30 km2 de forêt primaire, la multinationale canadienne Cambior a déjà déboisé une trentaine d'hectares. Son projet : extraire près de 4 tonnes d'or par an à partir de 2008, pendant au moins sept ans, en séparant l'or des roches concassées par cyanuration.

Camp Caïman se situe sur la montagne de Kaw, dans le parc naturel régional de la Guyane et en bordure de la réserve naturelle des marais de Kaw, refuge de l'une des dernières colonies au monde de caïmans noirs, de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs et des atipas, poissons-chats cuirassés très appréciés des Guyanais.

"Contrairement à ce qu'indiquent les documents de Cambior, les rejets de la mine peuvent polluer les marais de Kaw", explique Frédéric Lecorre, directeur de Floramazone, une petite société qui exploite, à moins de 2 km de Camp Caïman, 10 hectares de plantes pour des laboratoires de recherche et l'industrie cosmétique.

, explique Frédéric Lecorre, directeur de Floramazone, une petite société qui exploite, à moins de 2 km de Camp Caïman, 10 hectares de plantes pour des laboratoires de recherche et l'industrie cosmétique.

Le jeune chef d'entreprise brandit des cartes et des photos IGN où les tracés des cours d'eau diffèrent des documents produits par la multinationale.

Il pointe aussi du doigt l'étude d'impact de Cambior : la multinationale demande une dérogation pour pouvoir rejeter un effluent final avec une teneur en mercure dix à vingt fois supérieure aux normes françaises - au-delà du seuil de toxicité aiguë pour les poissons -, mais aussi des eaux dépassant de 8 °C le seuil de température autorisé.

"C'est l'un des points sur lesquels on va demander des explications à Cambior", indique Jean Leduc, directeur régional de l'environnement.

, indique Jean Leduc, directeur régional de l'environnement.

La direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement a demandé "une tierce expertise", courante pour des sites classés Seveso. "Si j'avais été ministre, j'aurais tout de suite bloqué le projet", fustige Corinne Lepage, l'ancienne ministre de l'environnement, dans les colonnes du quotidien France-Guyane, le 15 avril. Le collectif Quel orpaillage pour la Guyane ?, un regroupement d'associations de protection de l'environnement, de syndicats et de citoyens, dénonce les risques de pollution au cyanure de la principale prise d'eau potable de l'agglomération de Cayenne sur le fleuve Comté, à une quinzaine de kilomètres en aval de la mine.

Autre voix discordante, celle des Amérindiens Palikurs, qui ont saisi la justice pour dénoncer une convention signée avec Cambior pour faire passer la piste d'accès à la mine par la zone de droit d'usage de la communauté. "J'étais dans les bureaux de Cambior, j'ai signé un document que je n'ai pas compris", raconte le chef coutumier du village Favard, qui se dit analphabète. La convention laisse le contrôle de la piste à Cambior, mais ne contient pas ou peu de contrepartie pour les Amérindiens, malgré les promesses d'emplois et d'équipements que le chef coutumier affirme avoir reçues pour son village.

La multinationale n'a pas souhaité évoquer les conditions de signature de cette convention, pas plus que le cadre chargé du dossier, qui a quitté la société au début de l'année.

"A la sortie de l'usine, on va mettre en place une unité d'épuration des résidus miniers", a expliqué sur Radio Guyane Patrick Godin, le PDG de CBJ France, la filiale guyanaise de Cambior. "L'effluent final répondra aux normes américaines d'eau potable, plus contraignantes que les normes européennes", poursuit M. Godin, qui dément "tout risque pour les poissons ou la santé humaine". "Une usine va épaissir les résidus, déposés ensuite sous forme d'une pâte dans des petits bassins, donc on évite tout risque lié à la rupture d'une digue", précise-t-il.

, a expliqué sur Radio Guyane Patrick Godin, le PDG de CBJ France, la filiale guyanaise de Cambior. , poursuit M. Godin, qui dément . , précise-t-il.

"Ils n'ont pas l'expérience d'un site avec une pluviométrie aussi forte, de quatre mètres d'eau par an", s'inquiète Pierre-Charles Dominique, spécialiste de la forêt tropicale au CNRS, qui reconnaît néanmoins des avancées de la multinationale pour réduire, dans le projet, la surface déboisée. "Ils ont fait des efforts conséquents sur le plan environnemental. A ce niveau, nous sommes rassurés", indique Robert Cibrelus, conseiller régional délégué aux affaires minières. Il faut dire qu'en annonçant 337 emplois directs dans un département où plus d'un actif sur cinq est au chômage, Cambior a aussi des arguments pour séduire.

, s'inquiète Pierre-Charles Dominique, spécialiste de la forêt tropicale au CNRS, qui reconnaît néanmoins des avancées de la multinationale pour réduire, dans le projet, la surface déboisée. , indique Robert Cibrelus, conseiller régional délégué aux affaires minières. Il faut dire qu'en annonçant 337 emplois directs dans un département où plus d'un actif sur cinq est au chômage, Cambior a aussi des arguments pour séduire.

 

Bref, ces chantages à l’emploi me dégoûtent….

 

Publié dans Ecologie - Nature

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