Affaire Seznec : le dernier combat

Publié le par Isabelle

La cour de révision doit examiner, ce jeudi, le dossier de Guillaume Seznec, condamné, en 1924, aux travaux forcés pour le meurtre de son ami Pierre Quémeneur.
C'est l'ultime étape de la demande de révision déposée, en 2001, par Marylise Lebranchu, alors garde des sceaux.
 
Maître de scierie à Morlaix, Guillaume Seznec est condamné le 4 novembre 1924 aux travaux forcés à perpétuité pour le meurtre du conseiller général Pierre Quémeneur, lors d'un voyage commun à Paris en mai 1923 dans le cadre d'une affaire de vente d'automobiles provenant de stocks américains d'après-guerre. | AFP/D.R.


82 ans après, la Cour de cassation rouvre, ce jeudi, l'affaire Seznec. En 1924, il fut accusé d'avoir tué Pierre Quémeneur et envoyé au bagne. L'ancien maître de scierie de Morlaix sera-t-il réhabilité ?

C'est le dernier combat, l'ultime audience, 82 ans après le procès de Quimper qui avait condamné Guillaume Seznec, 45 ans, aux travaux forcés à perpétuité. Il était accusé d'avoir assassiné son ami, Pierre Quémeneur, conseiller général. Il fut expédié au bagne à Cayenne. Une remise de peine l'en a sorti en 1947, mais il n'a pas été innocenté pour autant. Il est mort sept ans plus tard, fauché par une voiture en plein Paris.

Aujourd'hui, l'événement est historique. Au total, depuis 1924, l'affaire Seznec a fait l'objet de quatorze demandes en révision. Neuf d'entre elles ont été réellement examinées par la Cour de cassation. Toutes ont été rejetées.

La dernière fois, c'était en 1996. Les Seznec avaient épuisé tous les recours et c'est Marylise Lebranchu, la socialiste morlaisienne, alors ministre de la Justice, qui a saisi la Commission de révision, le filtre avant le stade ultime : le procès en révision.

Cette fois, les Seznec ont donc franchi le dernier seuil. En avril 2005, cette commission de révision, composée de cinq magistrats, admettait qu'il y avait un fait nouveau, de « nature à faire naître un doute » sur la culpabilité du condamné. Elle a saisi la chambre criminelle de la Cour de cassation. C'est elle qui se réunit aujourd'hui, instituée en cour de révision.

Cette fois, avec Guillaume Seznec, la Cour doit ou non « décharger la mémoire du mort ». Tous les magistrats auront en main l'épais dossier de l'affaire, compilé sur CD-rom. À l'issue des débats, demain vers 18 heures, ils délibéreront et voteront, le soir même ou les jours suivants. L'arrêt ne sera rendu public que quelques semaines plus tard.

Pour Denis Seznec, le petit-fils du bagnard, porte-drapeau du combat familial depuis vingt ans, la journée va être éprouvante. « Je suis mort de trouille », dit-il. Ces trois dernières semaines, il s'est replongé dans le dossier, à la recherche de nouveaux indices d'une machination. Il est persuadé qu'elle a été orchestrée par Pierre Bonny, policier véreux, spécialiste en faux, révoqué en 1935, reconverti dans la Gestapo, fusillé à la Libération.

Le président de la Cour, Bruno Cotte, a prévu un temps de parole pour le petit-fils en toute fin d'audience, une vingtaine de minutes. Auparavant ses avocats, Mes Yves Baudelot et Jean-Denis Bredin, auront retracé tous les faits troublants de l'affaire : les faux en écriture sur la promesse de vente d'un manoir, les faux témoins, les erreurs de dates, les voyages impossibles de l'accusé entre Morlaix, Paris et Le Havre, là où la police a retrouvé la valise du disparu, Pierre Quemeneur.

Lors du procès de 1924, Seznec est très mal défendu. Son avocat, un ténor du barreau, Me De Moro-Giafferi, vient d'être nommé ministre. Il est remplacé par un sous-fifre. Personne ne croit l'accusé quand il évoque les reventes de Cadillac, abandonnées par les Américains à Brest, écoulées à Paris et qui finissent auprès des Soviets en Russie. Seznec évoque un certain Charly. On sait désormais qu'il s'agissait de Boudjema Gherdy, un Algérien jadis engagé dans l'armée américaine, reconverti dans le petit commerce automobile à Paris, place du Champ-de-Mars.

Une résistante, Colette Noll, 83 ans aujourd'hui, a reconnu en Gherdy l'homme qui a fait tomber son réseau. Il travaillait avec Bonny à la Gestapo de la rue Lauriston. Ils se connaissaient, semble-t-il, depuis 1923. L'année de la disparition du conseiller général du Finistère. Colette Noll a l'intention d'assister à l'audience de la cour de révision.

Publié dans Société

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filrou 06/10/2006 17:10

Souhaitons de tout coeur que son honneur et sa dignité soient réabilités et que son petit fils aura réussi à faire reconnaître que la justice s'est trompée , une fois de plus...