Interview de Vincent DELERM

Publié le par Isabelle


‘Piqûres d’araignées’, troisième album du dandy Delerm est déjà dans les bacs. Plus pop, plus engagé, le nouvel opus laisse tomber le piano solo pour une formation musicale aérienne et mate. Rendez-vous sur scène à partir de fin octobre pour découvrir la métamorphose...

‘Chanteur Ikea’, ‘King of the bobos’, ‘ Monsieur Rive gauche’. Le chanteur trentenaire à la voix grelottante s’est vu attribuer plus d’un surnom, caricaturé par Charlie Hebdo, raillé par les Grolandais et s’est fait descendre en flèche par un Stéphane Guillon exécrablement en forme. Mais loin des préjugés, Vincent Delerm a conquis un public, qui loin des clichés, ne se limite guère à Paris intra-muros. Vincent, en somme, tout ça il s’en fout, poursuivant son petit bonhomme de chemin. Un chemin qui s’étoffe depuis les boîtes à chansons parisiennes qui l’ont vu débuter avec son piano et son col roulé noir jusqu’à la campagne suédoise qui l’a vu enregistrer ses ‘Piqûres d’araignées’. Rencontre avec un type sympa qui joue le jeu de la promo sans prétention.


On doit toujours vous poser les mêmes questions. Que pourrait-on vous demander de nouveau ?

Je peux lister les quelques questions de base : “Pourquoi la Suède ?”, “la chanson de Renaud sur les bobos ?”... J’ai toujours aimé parler des chansons, des albums. Ce n’est pas quelque chose qui me soûle. Je ne me dis pas : “Pourquoi est-ce qu’on ne me parle pas de France-Ecosse ?” L’exercice est de parvenir à faire des réponses différentes à chaque fois. Parfois quand tu es cuit, c’est plus difficile. J’ai vu Dominique Farrugia faire la promo de sa pièce. Il a fait les trois mêmes vannes dont “même le prix des places vous fera rire !” Quand t’es crevé , tu te raccroches à la même réponse. C’est le seul risque.


Vous préférez l’exercice télévisuel ou les interviews plus intimes comme maintenant ?

Ca n’a juste rien à voir… Ne pas être filmé change tout. Tu ressens moins le besoin de séduire donc tu es moins dans le sourire. C’est un truc con, mais moi, j’ai longtemps géré les télés comme les interviews papier. Je n’étais pas forcément antipathique juste mal réveillé. Après je recevais du courrier dans lequel on m’accusait de m’ennuyer. Les interviews comme celle-ci, ici et maintenant, sont plus proches de ce que je suis réellement. La télé, c’est vraiment un monde à part. La seule chose qui compte, c’est d’être souriant et d’avoir l’air en forme ! Tu dis trois conneries en souriant et tout le monde te dit que tu avais l’air très en forme. Tu dis quatre trucs hyper-importants pour toi avec un air sérieux et l’on te trouve triste. Au moment de mon second disque, j’ai voulu faire profil bas : ne pas mettre ma gueule sur la pochette, refuser plein d’émissions pour ne pas occuper trop d’espace. Finalement, je me suis ramassé dix fois plus de reproches. On m’a trouvé arrogant et snob. “Il croit qu’il est suffisamment connu pour pas mettre sa gueule !” Du coup, aujourd’hui, j’ai mis ma tête et je fais les télés.


Et l’expérience est concluante...

Il faut admettre que la télé n’est pas naturelle. Elle aspire l’énergie. C’est un univers extrêmement stressant. Mais c’est un acte de présence. Je n’y vais pas en me disant que ça va me faire vendre des disques. J’y vais pour donner une information aux gens qui m’aiment bien. Pour mon second album, on a fait un an de tournée, trois semaines de Cigale et je croisais quand même des gens qui me demandaient quand est-ce que je passais à Paris. Juste parce qu’on n’avait pas fait d’émissions en disant : “Coucou c’est complet à la Cigale !”


Pour en revenir aux ‘Piqûres d’araignées’, il était nécessaire de vous exiler pour l’enregistrer ?

Ah... Pourquoi la Suède (rires) ! Tout est venu d’un mec et de son disque. Celui de Peter Von Poelh. Il y avait une atmosphère très particulière, difficile à mettre en mots. Je savais qu’il vivait en partie en France et qu’il était possible de le contacter. Chose que je pressentais, il ne connaissait pas du tout mon travail. Moi, je voulais laisser tomber le piano solo pour plus de guitare. Je lui ai fait écouter mes chansons. Il m’a dit : “A mon avis , il faut faire un album piano-voix.” Je me suis dit “Merde, on est mal partis !” On est partis en Suède, là où lui-même avait enregistré son disque. On a bossé avec le même ingénieur du son et les mêmes musiciens. Au final, on a pas mal de piano comme noyau de l’album et une même communauté de sons.


Comment définissez-vous ce son ?

Quand on écoute les albums de Peter, le son est très mat : une batterie qui sonne comme un jeu d’enfant, quelque chose de très dépouillé avec beaucoup d’espace. C’est le genre de musique que l’on peut écouter fort sans pour autant avoir l’impression que c’est fort. Il y avait l’envie de faire quelque chose de beaucoup plus aéré que dans les précédents albums sur lesquels j’avais voulu des arrangements plus denses. Notamment, pour le second où, dès qu’il y avait un petit trou, on ajoutait une note !


Cela implique des changements sur scène. Fini le piano solo ?

Eh oui… on a fait un enterrement ! On a commencé la scène jeudi dernier. Il reste quelques moments où je suis tout seul au piano mais je ne joue plus trop là-dessus. Nous sommes six sur scène.


Fini vos mimiques et autres jeux de scène ?

A la première, c’est vrai que les gens m’ont dit : “C’est super mais on a perdu un peu ça…” Il y a un équilibre à trouver. J’ai commencé le piano-voix quand j’étais étudiant. Ont suivi les boîtes à chansons de Paris. Après, j’ai fait les premières parties de Thomas Fersen. Puis un album. L’Européen. Une première tournée piano-voix. Puis une deuxième. J’étais devenu très technique dans ma façon de gérer la salle. J’avais l’impression d’être dans une sorte de spécialisation absolue. Là, je commence un truc où je ne connais rien. Il faut que je lise le mode d’emploi “Jouer avec des musiciens”. Je mets mon orgueil de côté. Avant, j’avais l’habitude de gouverner, de savoir m’y prendre, de ralentir quand il fallait. Aujourd’hui, tout est différent et ça demande un apprentissage !


Des deux premiers albums ressortait un sentiment de nostalgie doux-amer, là on sent beaucoup plus de tristesse...

‘Deauville sans Trintignant’, ‘L’Heure du thé’ ne sont pas des chansons qui parlent du passé. Ce sont des chansons au présent. C’est clair qu’il y a l’allusion à un vieux film, à Truffaut, Trintignant, Fanny Ardant... Tout ça participe à une forme de nostalgie mais dans l’écriture, j’étais au présent. Après, il y avait des exercices différents comme ‘Les Filles de 73’. Dans cette chanson, je me souviens de mes 15 ans. Tout cela est plus doux qu’amer. Il n’y a pas une envie de revivre tout cela : genre refaire ma rentrée de CM2 avec mon Tan’s. Non. C’est l’idée d’intégrer le passé dans le présent et de dire qu’on est construit par cela. C’est ce qu’évoque ‘Natation synchronisée’ : on est passé par les mêmes choses pour en arriver là. C’est vrai que sur le nouvel album il est davantage question du temps qui passe : ‘Naples’, c’est l’idée de retenir du passé des choses qui ne paraissent pas forcément les plus importantes, les plus lyriques. Je n’aime pas qu’on parle de minimalisme... C’est juste la vie qui est comme ça et qui retient des éléments qui n’ont pas forcément l’air d’être les plus importants.


Votre second album semblait très “familial”. Cette expérience d’enregistrement semble plus pro, non ?

Non, il y avait Peter, l’ingénieur du son, un bassiste et un batteur. Personne ne passait jamais à l’improviste. A la campagne, à Malmö, il y avait peu de potes qui passaient faire coucou, contrairement à Paris où il y avait toujours des gens qui passaient. J’aime ça d’ailleurs. Du point de vue du temps d’enregistrement, ce doit être l’album qui a coûté le moins cher. Donc la réponse est non.


Que répondez-vous aux critiques qui vous accusent d’être un chanteur pour bobos parisiano-parisianiste avec des paroles Ikea ?

Paroles Ikea… Dites-moi ce que ça veut dire. Ce n’est pas à moi de répondre à ça. Quand bien même il n’y aurait que des bobos dans mon public et que je ne vendrais pas un seul disque hors Paris, je ne vois pas où serait le problème. Ce n’est pas le cas, mais admettant que ça le soit, on ne va pas en prison pour ça. C’est vraiment un délit de sale gueule.


On pense à Charlie Hebdo, aux rencontres avec Stéphane Guillon... Ca n’est pas usant à force ?

Non. Je ne lis jamais Charlie Hebdo. C’est comme ‘Groland’... J’ai lu des commentaires durs sur moi mais pas ceux-là. Donc on m’en parle. Je passe visiblement beaucoup moins de temps avec eux, qu’eux avec moi. Ils ont besoin d’avoir des trucs à dire. Mais pour répondre plus globalement... ça fait vraiment partie du jeu. Le plus important est d’être soutenu par certains médias, de savoir que dès le premier album, les concerts étaient pleins. Et puis, j’ai pas mal de témoignages de gens qui ont entendu ces critiques et ont été intrigués. Ils ont donc voulu écouter ce que je faisais pour se faire leur propre idée. Au final, l’effet est inverse et me donne la possibilité d’exister davantage.


Votre album sort à quelques mois des élections. Vincent Delerm ne s’affiche pas aux côtés de politiques ?

A côté du PS clairement. On attend qu’il y ait un candidat. Je le fais un peu implicitement avec ‘Sépia’ ou ‘Il fait si beau’. Si une chanson peut apporter un élément de discours, tant mieux. Mais si une chanson est ratée, elle ne sera pas sauvée par son discours politique. C’est présent sur cet album, ça ne l’était pas et ça ne me manquait pas sur les précédents.


Pour finir, si vous ne deviez conserver qu’une seule de vos chansons...

‘Chatenay-Malabry’… que je ne fais même pas en concert.

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fredp 06/01/2007 11:00

J'aime Vincent delerm depuis le début et, en tant que musicien classique, je peux vous dire qu'il ne chante pas aussi faux que ça ! Oui, ce n'est pas un dieu du chant, c'est clair mais c'est sa musique qui parfois, donne l'impression d'être faux. Maintenant, qu'on n' accroche pas à son style, c'est différent et je comprends très bien.
Voila.

Isabelle 06/11/2006 08:50

Tout à fait d'accord .. personnellement je déteste ce genre de chanteur qui sussurre plus qu'il ne chante et dont la réputation ne s'est faite que dans l'intellingtsia parisienne "Bobo " ...
Enfin, çà me fait des visiteurs sur mon blog !!
 
 

Fred 04/11/2006 11:59

j'ai jamais accroché ......
je me demande comment font les gens pour écouter un type qui ne sait pas chanter ..... et je sais de quoi je parle .