Karl ZERO : Journaliste citoyen . Son Film: Dans la peau de Jacques CHIRAC

Publié le par Isabelle

"Méfiez-vous des contrefaçons !" Pendant dix ans, Karl Zéro a conclu chaque édition de son ‘Vrai Journal’ sur Canal+ par cette petite phrase devenue marque de fabrique. Et pourtant, à partir d'images d'archives, c'est bien une contrefaçon de la voix de Jacques Chirac qui raconte sa carrière politique, "vue de l'intérieur" dans 'Dans la peau de Jacques Chirac', dont le DVD vient de sortir.

2007 approche, avec elle, l'élection présidentielle. Alors que certains candidats sont déjà lancés dans la chasse aux électeurs, Karl Zéro entend bien ne pas en rester là après son éviction de Canal+. C'est sur Internet qu'il couvrira la campagne, avec l'impertinence et la liberté de ton qu'on lui connaît.


Animateur, journaliste, producteur, musicien, humoriste… Y a-t-il un de ces termes que vous revendiquez plus que les autres ?

Non aucun. J’essaie de toucher un peu à tout. C’est comme cela que l’on progresse et comme cela que l’on se change les idées. Sinon, on finit par s’ennuyer. C’est d’ailleurs pour cela que je fais de l’Internet alors que je n’y connaissais rien il y a six mois.


Quel est votre premier souvenir télé de Jacques Chirac ?

Je l’ai toujours vu à la télé, et quand j’étais petit, je me demandais qui était ce type. Je pensais que c’était une sorte d’acteur connu. J’ai le souvenir d’une espèce de personnage incroyable qui parle d’une façon scandée, avec des mouvements saccadés.


'Chirac' de Patrick Rotman / 'Dans la peau de Jacques Chirac' : selon vous, lequel faut-il voir avant d'aller voter ?

Pour aller voter je ne sais pas… En tout cas, l’un ou l’autre incitent à se poser des questions avant d’aller voter. Rotman est plus historico-scolaire. A partir des mêmes archives, moi, je fais un spectacle, un film de cinéma. Lui fait un documentaire de télévision avec la distance journalistique. Le but du film, au-delà de l’autobiographie non autorisée rigolote, c’est de montrer réellement ce qu’est la politique de l’intérieur, montrer où on en est aujourd’hui, ce qui s’est passé et à cause de qui… On va envoyer un DVD à chaque député en cette période de Noël en leur disant qu'ils vont y apprendre la méthode pour se sortir de toutes les situations. Ca peut leur être utile pour l'année à venir...


'Dans la peau de Jacques Chirac' a toujours été destiné au cinéma ?

La télé, c’était impossible, jamais ils n’auraient accepté de passer ça ! D’ailleurs, aucune chaîne n’a acheté ce film. Il est toujours à vendre. Peut-être que les Césars changeront les choses… on verra.


Pourquoi ce mélange des genres entre le travail d’archives et votre écriture humoristique ?

Je ne cherche pas à conquérir 60 millions de personnes. Je cherche à faire ce qui m’amuse. Et ce qui à mon sens raconte le mieux possible Chirac et la politique française depuis 40 ans, mais sans que ce soit didactique. C’est un travail de cinéma. Dans ce film, on utilise toutes les ficelles du cinéma : les ralentis, la musique, les pleins et les déliés de l’écriture cinématographique. Si c’est pour faire "Alain Decaux raconte", ça ne m’intéresse pas.
En ce moment, on est en train de faire le portrait des candidats : Ségolène, Sarko… Tous. L’idée est d’inciter les gens à comprendre qu’il faudrait que quelque chose change dans ce pays. Il y a quelque chose de profondément pourri dans la façon dont des personnes qui sont élues pour nous représenter, ne nous représentent plus dès qu’elles le sont. C’est une petite pierre à l’édifice. Je ne suis pas en train d’appeler à la révolution, je ne suis pas Besancenot, mais la prise de conscience est essentielle. Le fait que ce soit traité sur le mode de l'humour fait que ça peut capter un public habituellement rétif à la politique politicienne.


Avec cette vision pessimiste de la politique, ne craignez-vous pas de susciter une réaction de dégoût auprès des électeurs ?

Quelle autre voie y a-t-il ? Prenez la façon dont on traite la politique aujourd’hui à l’approche des élections. Tous médias confondus, c’est lisse, formaté, pseudo-objectif et au final, cela dégoûte tout le monde. Moi, j’essaie de dire que ce qui se passe nous concerne tous. Je ne vois pas autre chose, à part la révolution ! Si on veut rester entre gens polis, c’est la seule manière de faire changer les choses.


On a souvent l’impression que médias et politique s’emmêlent. Votre tutoiement des hommes politiques a contribué à ce sentiment. Cette interaction était-elle légitime ?

Avant qu'un guignol comme moi n'arrive, la politique était réservée aux grands. En 1996, il y a '7/7' avec Anne Sinclair et 'L’Heure de vérité' avec François-Henri de Virieu. Voilà la politique à la télé. Là, j’arrive avec ma gueule enfarinée et je dis qu’il y a une autre façon de faire. Je décide de tutoyer les hommes politiques pour prendre le contre-pied des autres journalistes qui les tutoient en privé mais les vouvoient à l'antenne. Et avec ‘Le Vrai Journal’, on essaie de faire un truc plus détendu. Après ça, les autres entrent dans la brèche : Drucker commence à parler de leurs chiens aux hommes politiques... Ardisson, Fogiel… Moi j’ai juste essayé de faire une émission politique regardable. Si ensuite les autres font des émissions qui ne sont pas politiques, c’est leur problème. Aujourd’hui, il y a eu reformatage. C’est Chabot qui prend les politiques. Et franchement quand on regarde les émissions de Chabot est-ce qu’on a envie… D’ailleurs est-ce qu’on a envie de se relever la nuit pour regarder Chabot ?


Qu'en est-il de la liberté des journalistes par rapport au pouvoir en place ?

Je pense qu’ils n'en ont quasiment plus. Je pense que les journalistes – pas tous, il y a toujours des espaces de résistance – sont comme tout le monde, il faut qu’ils mangent. Ils se rendent compte de ce qui se passe, mais si les sujets qu'ils proposent leur sont refusés, ils en font d'autres. C’est triste mais c’est comme ça. C'est aussi pour cela que je suis allé sur Internet trouver la liberté que je n'avais plus à la télévision.



Comment voyez-vous le média Internet évoluer ?

Je pense que dans les trois années à venir ça va supplanter la façon dont nous, les vieux, on a découvert la télé et la manière dont on la regarde. Cette espèce de boîte où l’on regarde des choses à heure fixe, c’est déjà fini. Mais dans les boîtes en question, ils ne s’en sont pas rendu compte. Moi, mon rôle aujourd’hui, c’est de pousser les acteurs de la net-économie à réaliser qu’ils ont autant de puissance que les diffuseurs de télévision. Ils sont encore plein de déférence. C’est pour ça que j’ai d’abord créé un blog, puis une petite plateforme ‘Le Web de Zéro’ et enfin une émission avec AOL ‘Le Club du net AOL’ et tout ça est une préfiguration d’une chaîne que je veux lancer le plus tôt possible. Une chaîne d’informations, mais différente… C'est le journalisme citoyen : décréter que tout le monde est journaliste potentiel à partir du moment où la technologie permet à n’importe qui de filmer avec son téléphone mobile… Il faut briser ce corporatisme idiot, ce ronronnement et arriver vers une nouvelle forme de télévision.


L’information ce n’est pas seulement l’image…

Il y a beaucoup de blogeurs qui sont excellents par écrit et qui n’ont pas franchi le cap de l’image. C’est pour cela que dans le cadre du ‘Club du net’ je fais venir deux blogueurs, pour les y amener. L’écrit capte moins les gens. Le média que je veux lancer, c’est 100 % vidéo, 0 texte. Maintenant, je veux vraiment axer ça sur la présidentielle. Parce que tout le monde dit que ça va se passer sur Internet, mais je ne vois pas où. A moins de passer cinq heures par jour à chercher LA petite phrase, LA vidéo marrante...


Cela ne pose-t-il pas la question de la fiabilité de l'information ?

Le journaliste traditionnel pose aussi la question de la fiabilité de l’info, et c’est beaucoup plus grave. Il vaut mieux un grand n’importe quoi plutôt qu’une seule parole unique qui tombe du ciel et qui est LA bonne parole.


'Dans la peau de Jacques Chirac', un film à charge contre le président ?

On était parti pour le casser, le détruire en vol le Chirac. Et plus on regardait les images et plus on le trouvait sympathique et drôle. Evidemment cynique, menteur, voleur, affreux, mais il nous faisait marrer. Et on a compris pourquoi il est toujours là et pourquoi les Français l’aiment bien. Et c’est ce côté très séducteur qu’on ne voit pas dans le Rotman. Il fait rêver. Et ça c’est très important pour la prochaine élection. Sarkozy ne fait pas rêver, il ramène toujours à la réalité. Ségolène a cette force. Après, ce n’est plus une question de programme ou de fond, c’est une question d’image. Sarko s’en rend compte et change radicalement de discours. Maintenant il fait des grandes phrases du type "L’avenir ne doit plus être une menace mais redevenir une promesse." On est dans le creux absolu mais il a besoin de ça pour faire rêver.


On sent dans le film un parallèle implicite entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Etait-ce volontaire ?

Ce parallèle, c’était une façon d’amorcer la pompe sur le film suivant... Le fils spirituel absolu de Chirac, c’est Nicolas Sarkozy. Sauf qu’il se rend compte qu’avec Chirac, ça ne va pas marcher tout de suite et il est pressé. Donc il suit Balladur, qui n’aurait jamais osé y aller seul. Sarko a été un peu la main dans la marionnette Balladur. Et ça a raté. De fils spirituel, il est devenu le rejeton maudit. Mais il a été élevé à l’école Chirac.


Donc si l'on pousse l'analogie, pas de Sarkozy à l'Elysée avant 2017 ?

Comme il a bien observé et bien réfléchi après la trempe de 1995, rien n'est sûr. La réponse, ce n’est pas Sarko qui l’a, c’est Ségolène.


"Je vais continuer à les faire chier", le film se clôt sur cette affirmation prêtée à Jacques Chirac. Quelle vision avez-vous de l'échéance 2007 ?

On a quand même un Chirac qui dira en mars s’il se représente ou non, qui hélitreuille en sous-main Michèle Alliot-Marie... Et puis le PS les a foutus dans la merde avec leur démocratie exemplaire, leurs débats lors des primaires... Donc ils sont obligés de le faire aussi, mais ils le feront entre eux. Pour moi, c’est évident que Chirac va les faire chier, il ne va pas laisser Sarkozy y aller comme ça. De la même façon que Mitterrand avait choisi Chirac en 1995, en mettant ses réseaux à son service.


Que ferez-vous en 2007 ?

Je vais suivre la campagne sur Internet. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas d’instance de régulation, c’est le royaume de la subjectivité. Et notamment, pour les journées d’élection. Ca n’a jamais été fait : à la télé on ne peut pas faire les sorties des bureaux de vote, donc ça va être passionnant.


Savez-vous si Jacques Chirac a vu le film ? Avez-vous eu des échos de sa réaction ?

Non. J’ai été viré de Canal, et j’ai deux contrôles fiscaux.


Un mot sur la suite de 'Dans la peau de Jacques Chirac' ?

Ca va être un film plus politique. Là, Chirac n’avait pas une actualité brûlante, mais on voulait faire le film pendant qu’il était encore en place. Si tout va bien et qu’on arrive à le sortir en mars, celui-ci sera un événement politique. Parce que c’est sûr qu’on ne verra pas ça à la télé.

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