Le coup de grâce d'Halloween

Publié le par Isabelle

Aujoud’hui, sorcières, fantômes et loups-garous sont censés débarquer en France.
Visiblement, ils se sont perdus en chemin.
Le Champ de Mars recouvert de citrouilles pour Halloween semble bien loin.
Histoire d’un désamour.

Halloween approche, et vous n’avez sans doute ni acheté de bonbons, ni cherché de déguisement...sauf quelques irréductibles avec qui j'ai même fais les magasins hier ( si si !! )
Normal, en France, la fête n’a pas la cote. Il ne reste guère que
Cauet, des animateurs de centre de loisirs ou Disneyland Paris pour promouvoir le 31 octobre.
Même les supermarchés, pour qui le créneau marketing était une aubaine, semblent avoir baissé les bras.
Les décorations orange et noir, persistantes en 2006, ont cette année complètement disparu des magasins.
En accaparant médias et vitrines, la Coupe du monde de rugby a certainement donné le coup de grâce à une fête déjà agonisante.



La recette gagnante ?

Tous les ingrédients semblaient pourtant réunis pour qu’Halloween réussisse son débarquement en France. En 1997, l’antiaméricanisme n’est pas encore le passe-temps préféré des Français.
La première génération élevée aux sitcoms et autres ‘Buffy contre les vampires’ a 13-14 ans.
Depuis le biberon, ils suivent les déboires de leurs héros au quotidien et apprécient les trames spéciales créées par les scénaristes pour les épisodes de Noël, Thanksgiving ou Halloween. Ces fictions américaines ont convaincu les femmes les plus athées de se marier à l’église pour avoir la robe blanche et dire “Je le veux” comme dans les comédies romantiques. Pourquoi n’arriveraient-elles pas à nous faire fêter Halloween ? Après tout, jouer à se faire peur ravit n’importe quel adolescent. Et à ceux qui diraient qu’Halloween est une fête purement américaine, on répond que ses origines se trouvent en Europe.


Astérix et les morts-vivants

En effet, même si les versions divergent, tout le monde tombe à peu près d’accord sur la filiation entre Halloween et Samain, une célébration gauloise. Bien que le mot “Halloween” vienne de l’expression “All Hallow’s Eve”, qui signifie “veille de la Toussaint”, les origines de la fête se trouvent dans une coutume païenne sans connections avec le catholicisme. Chez les Gaulois, l’année se terminait le dernier jour de l’été, à une date correspondant dans le calendrier actuel au 31 octobre. Lors de cette nuit du Samain, le Dieu de la mort rassemblait les âmes des hommes décédés durant l'année afin de leur révéler leur sort. Les Gaulois pensaient que les esprits profitaient de ces quelques heures pour rendre visite aux vivants. Ils se grimaient alors pour effrayer les mauvais esprits et s’assurer que seuls les fantômes de leurs proches pourraient venir les voir. Peu à peu, cette nuit devint celle d’une théâtralisation de la présence des démons dans un monde où l’obscurité semble prendre le dessus. La coutume évolua au fil des ans et les Irlandais, qui l’avaient adoptée, l’emportèrent avec eux aux Etats-Unis au XIXe siècle.


La citrouille ne devient pas carrosse

Ainsi, bien que la fête ait quelque peu changé depuis, les racines d’Halloween se situent en Europe, et même en France. Néanmoins, l’argument ne semble pas convaincre. La majeure partie de ce qui constitue aujourd'hui la culture populaire américaine trouve son origine dans un mélange d'influences européennes du XXe siècle. Tout et n’importe quoi pourrait donc être implanté en France sous ce label “origines du Vieux Continent”. Plus simplement, l’échec vient peut-être du fait qu’on n’importe pas une fête comme un sandwich ou une paire de chaussures. Une bonne opération marketing peut inciter à manger des hamburgers ou porter des jeans. Influencer la manière dont nous célébrons des fêtes déjà intériorisées est faisable, l’adoption du père Noël rouge de Coca-Cola le prouve.


Un accueil mortel

Mais importer purement et simplement une célébration qui n’est pas dans nos moeurs semble pratiquement impossible. Car la réussite d’une fête réside dans le consensus qui l’entoure. Noël ne serait pas Noël si tout le pays ne se mettait pas aux couleurs de la fête. Peu importe que la célébration ait des racines françaises ou non, le pays, athées et agnostiques y compris, fête Noël. Cela prouve bien que la pertinence d’une fête ne dépend pas de ses origines ou de sa justification.
Ironiquement, le destin d’Halloween en France a été le même que celui des fêtes organisées par les ados boutonneux des séries américaines. Pas assez de monde à la fête et elle se transforme en flop. Et, les invités n’ont pas été beaucoup à montrer le bout de leur costume. Dès l’arrivée d’Halloween en France, une pluie de critiques s’est abattue sur la citrouille. Comme la Saint-Valentin ou, à une autre échelle, la fête des grands-mères, l’événement est taxé de purement commercial. La situation de la citrouille se révèle même pire car lorsqu’on boycotte les autres journées, on s’expose aux représailles d’un conjoint ou d’une mamie contrariée. Une bonne partie de la population est donc bon an mal an, obligée de suivre les festivités.
En ce qui concerne Halloween, seul le bonhomme Haribo peut vous en vouloir d’oublier le 31 octobre et il n’arrive pas franchement à nous faire culpabiliser comme une mamie… Certains catholiques vont jusqu’à considérer le concept d’Halloween comme scandaleux. Se déguiser pour exiger des bonbons la veille de la Toussaint leur apparaît un culte des défunts inapproprié. Pour le collectif “Non à Halloween”, la fête introduit les enfants dans un monde sinistre, les incitants à singer la mort plutôt qu’à la considérer comme sacrée. De la même manière que les romans
‘Harry Potter’, elle les détournerait des valeurs essentielles et peut, à terme, les pousser au suicide ou à des pratiques occultes telles que le satanisme et la sorcellerie. Une vision marginale ? Pas tant que ça. Le diocèse de Paris organise même depuis quelques années un “Holy wins” - “La sainteté gagne” - le jour d’Halloween. La contre-fête rencontre un certain public. Même si ce rejet d’Halloween par les croyants n’a pas été déterminant dans l’échec de l’implantation de la fête en France, il y a certainement contribué.

En 2006, Le Monde titrait : “Halloween quasi enterré”, Libération “Halloween boit le bouillon” et Le Parisien un tout aussi optimiste “Halloween est mort”. Cette année, plutôt que dénigrer la fête, ils ne l’évoquent même pas. Il y a des signes qui ne trompent pas. Halloween est cette fois définitivement morte. Et sa disparition ne hantera personne.

Publié dans Billet d'humeur

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