hilippe Cavoret s'est allongé tête la première sur un skeleton, autant par hasard que par dépit, en 1993. "J'avais commencé le bobsleigh deux ans plus tôt, et c'était la guerre en France pour parvenir à être pilote plutôt que pousseur, raconte cet Aixois âgé de 38 ans. Au début, j'ai eu la trouille, mais ça s'est vite avéré plus grisant."
Inventée en 1885 à Saint-Moritz (Suisse) par des curistes anglais désoeuvrés qui mettaient en jeu des bouteilles de champagne, la discipline est génératrice de sensations fortes. "On supporte une forte pression au niveau de la tête et des vertèbres cervicales qui se trouvent à l'extérieur de l'engin, explique Philippe Cavoret. Environ quatre à cinq G, pire qu'un pilote de F1".
Parfois, la tête casquée maintenue de côté se retrouve plaquée sur la glace. A la suite d'un choc en course, la colonne vertébrale du Français - actuel 8e au classement provisoire de la Coupe du monde et 7e des JO de 2002 -, s'est désaxée en début de saison.
La piste olympique l'inspire. "Elle est difficile et très technique, elle est à l'avantage des bons pilotes", dit-il. Une chance pour lui, qui fignole sa préparation sans coach, directement sur les sites du circuit de Coupe du monde, cinq mois par an.
Ses hivers sont plutôt solitaires. "Quand on commence à être bon, il est difficile de demander aux autres équipes de vous donner un coup de main, explique-t-il. Et les nations qui fabriquent et vendent le matériel performant sont mes concurrentes sur la piste, j'ai donc un train de retard."
Pour financer sa préparation aux Jeux de 2002, lorsque la discipline a été réintroduite au programme olympique après cinquante-quatre ans d'absence, Philippe Cavoret avait vendu l'école de ski nautique dont il était propriétaire. Il se contente aujourd'hui de "petits boulots dans le bâtiment pour être plus libre de (s)'entraîner". Vendredi 17 février, il espère une médaille.