La rancoeur des Suisses contre les Français.

Publié le par Isabelle

Le match qui a opposé la sélection helvétique à l'équipe de France de football (0-0), le 13 juin à Stuttgart, n'a pas commencé ce jour-là et il n'a toujours pas pris fin. Un drôle de match, comme il y a de drôles de guerres ou de drôles d'amis.

La Coupe du monde a provoqué chez les Suisses de langue française, les Romands, une poussée de francophobie. A l'origine du phénomène : une explosion de fierté nationale à l'heure du Mondial, ajoutée à un tenace complexe d'infériorité face à ce voisin français perçu comme écrasant et arrogant.

Soudés comme jamais autour des Rouge et Blanc, les Romands ont bouffé du "frouze" - petit nom pas sympathique qu'ils donnent parfois aux Français - comme, naguère, la France bouffait du "boche". Tout est parti de l'impression - un prétexte ? - que les coéquipiers de Fabien Barthez, et avec eux la presse hexagonale, prenaient de haut la Nati, l'équipe du capitaine Yohann Vogel. Ainsi 24 Heures vitupéraient le "grand voisin condescendant, qui a inventé à la fois le concept de chauvinisme et l'appellation P'tit Suisse".

Impression erronée : à l'orée de la Coupe du monde et durant les rencontres du premier tour, les joueurs suisses ont plutôt paru imposer le respect à leurs adversaires tricolores, ainsi qu'aux médias français. La condescendance supposée des uns a nourri la rancoeur des autres.

La presse écrite romande a donné le ton. A de très rares exceptions, elle n'a vu que des défauts dans le jeu des Bleus. Et, lorsque ceux-ci, en huitièmes puis en quarts de finale, se sont comportés de belle manière, ce ne furent que larmes pour les équipes espagnole et brésilienne, toutes deux défaites par l'équipe de France.

Le match étincelant livrée par Zinedine Zidane contre le Brésil n'a été apprécié que marginalement, quand les chroniqueurs anglais ou allemands saluaient longuement l'artiste. A la veille du match contre le Portugal, mercredi 5 juillet, les journaux étaient nombreux à espérer une défaite française. A Lausanne, 24 Heures ironise : "Irrésistible, l'équipe de France ? Qu'il soit permis d'en douter..."

Un blogueur s'exprimant début juillet sur le site Internet du quotidien genevois Le Temps"Bon, moi, je suis français (...). J'avais envie de dire mon étonnement devant le sentiment antifrançais qui semble habiter la presse helvète ces derniers jours." réagissait en ces termes :

Au rayon des accessoires, un T-shirt a fait fureur pendant la compétition, avec, inscrit en blanc sur fond rouge, ce slogan en forme de croix : "Je supporte deux équipes : la Suisse et n'importe quelle autre qui battra la France." Il s'en est vendu 1 700 exemplaires ! Cela se voulait "une blague bête et méchante, très second degré, à la Coluche", argumente le concepteur du T-shirt, Christophe Bertschy, auteur de bandes dessinées. C'est devenu un objet d'identification.

A Berne, le premier secrétaire de l'ambassade de France, Sylvain Guétaz, affirme "suivre de près les manifestations d'humeur" des Romands à l'égards des Français. Qui ne sont pas sans fondements, selon lui : "Lorsque des médias hexagonaux nous demandent des conseils à l'occasion de reportages en Suisse, nous les invitons à rééquilibrer leur regard sur un pays qu'ils ont tendance à traiter comme une annexe de la France", indique-t-il.

Le premier secrétaire n'oublie pas les directeurs des journaux romands. Il a prévu de les convier à un petit déjeuner "à la rentrée de septembre". Pour un debriefing post-Mondial.

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Publié dans Billet d'humeur

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